Les Instruments


Lors d’une représentation de Taiko par un groupe, on remarque toujours les différents types d’instruments présents. On a les tambours d’un côté qui sont joués avec des baguettes. Certains ressemblent à des tonneaux avec un son grave, d’autres plus petits ont un son ressemblant à une caisse claire, d’autres sont allongés sur le flanc et sont plus grands que les personnes qui y jouent et certains se jouent même en bandoulière. D’un autre côté on a des plus petits instruments qui ne ressemblent pas à des tambours. Il peut s’agir de flûtes, d’éléments de percussion comme des cymbales ou d’instruments à cordes.

Dans cet article nous allons donner un nom à chacun de ces éléments constitutifs d’un ensemble de Taiko (kumi-daiko) ou utilisés dans un cadre traditionnel (festival, théâtre…).

Les Wadaiko

Il existe différents types de taiko, chacun d’entre eux possède une fonction musicale ou esthétique au sein d’un ensemble. Chaque tambour a un son et une tonalité propre et c’est la combinaison de ces sons qui vont permettre la réalisation d’un morceau ou d’un spectacle. De manière générale un wadaiko se compose d’un tronc/corps/fût/tube rigide appelé . Vous noterez les différents termes présents. Tous ces termes sont utilisés dans la littérature lorsque l’on parle de cette partie. Ce corps possède une cavité de résonance (partie creuse) scellée par des peaux (kawa) sur chacune des extrémités.

La façon dont est scellée la peau sur le corps, la taille du tronc et sa forme permettent de les classifier en trois grand types: Les Byō-uchi-daiko, les Shime-daiko et les Tsuzumi.

NB: Dans la suite de l’article on parlera de « peau » pour identifier la surface de percussion en cuir sur lequel les joueurs tapent et de « corps » pour la partie rigide.

Byō-uchi-daiko (鋲打ち太鼓)

Traditionnellement le corps est constitué d’un rondin de bois issus du tronc d’un arbre transformé en fût. La taille et l’épaisseur de l’arbre définissent ainsi la taille du tambour. Plus un arbre est ancien et plus l’instrument sera grand. Il n’est pas rare que les plus grand daiko nécessitent des arbres de plusieurs centaines d’années voir pour les plus majestueux des millénaires. L’essence de bois choisi est très important. Il doit avoir des qualités de dureté, de tonalité et un fil de bois esthétique. Le keyaki  (欅) (zelkova, un parent japonais de l’orme) est considéré comme la meilleure qualité mais aussi la plus chère. Du fait de sa rareté et de son temps de pousse nécessaire (quelques siècles quand même…), d’autres bois sont également utilisés comme le pin, hêtre ou frêne. De nos jours pour abaisser encore plus le coût de construction, certains corps sont construits de la même façon que les barils/tonneaux de vins à base de lattes en bois. Un autre méthode consiste aussi à utiliser d’autres matériaux comme le bambou ou de la fibre.

Byō signifie clous en japonais et comme son nom le suggère les peaux sont cloutées sur le corps du tambour. Les peaux sont généralement faites à partir de vache ou de bœuf. La préparation, le tannage et l’étirement des peaux sur le corps font partie du savoir-faire des fabricants de Taiko. Les plus grands taiko par exemple nécessitent la peau d’une taureau entier.

Le ton (le son produit) du tambour dépend aussi bien de la tension de la peau choisie, de la qualité du bois utilisé mais aussi la manière dont la cavité de résonance a été sculptée. Il s’agit d’ailleurs d’une des particularités des Byō-uchi-daiko c’est qu’ils ne peuvent pas être accordés après fabrication. Ils produisent un ton fixe qui évolue au fur et à mesure de l’état des peaux. Plus le diamètre du tambour est large, plus le son est grave et vibrant. Il est ainsi commun de voir ce type de tambour passé d’un son très clinquant à un son ample et profond avant de commencer à être étouffé lorsque les peaux se détendent. 

Avec les soins appropriés le corps d’un Byō-uchi-daiko traditionnel peut durer plusieurs centaines d’années. Les peaux auront une durée de vie de quelques années suivant leurs qualités. A noter ici que le choix des matériaux, la préparation et l’assemblage permet de distinguer les fabricants de Taiko entre eux et aussi la valeur de l’instrument.

Dans cette catégorie des Byō-daiko il existe des sous-ensembles que sont les nagado-daiko, les ko-daiko, chū-daiko, et les o-daiko.

Nagadō-daiko (長胴太鼓)

Souvent lorsqu’on parle de taiko on pense généralement à ce genre. Il s’agit de l’instrument le plus populaire de la famille des wadaiko. On les retrouve pratiquement partout que cela soit dans les festivals, dans les groupes de musique, les temples ou lieux de pèlerinage. Dans ce dernier cas (le cas religieux) le nom usité sera plutôt miya-daiko (même si ce n’est pas une règle absolue).  Les Nagadō-daiko sont disponibles dans une variété de tailles différentes. Pour les distinguer on utilise le diamètre des peaux (donc des extrémités du corps) mesuré en shaku (尺) et sun (寸) . Il s’agit d’une ancienne unité de longueur japonaise dont un shaku représente environ 30cm.

  • Le plus petit des Nagadō-daiko est le Ko-daiko (小太鼓)(petit tambour). Il possède un diamètre allant de 1 à 1.5 shaku.
  • Entre 1.6 et 2.8 shaku (soit entre 48,5 et 85cm) on parle de chū-daiko (中太鼓)(tambour de taille moyenne)
  • Au delà et allant jusqu’à 6 shaku (181 cm!) voire plus on a les Ō-daiko(大太鼓)(gros tambour)

Il existe un cas particulier dans cette famille c’est le hira-daiko (平太鼓)(tambour plat). Comme sa traduction le suggère il s’agit d’un tambour dont le diamètre est plus grand que sa longueur. Il a ainsi la forme d’une section d’un Nagadō-daiko.

NB: Si vous lisez des articles sur ces instruments on utilise souvent le terme Nagadō-daiko en lieu et place de Ko-daiko, chū-daiko voir miya-daiko. C’est aussi vrai dans l’autre sens. C’est une pratique commune dans la littérature et beaucoup de termes relatifs aux instruments tombent dans ce cas. Il s’agit de raccourci de langage comme il en existe des milliers lorsque la notion du mot représente aussi une chose concrète. Vous êtes avertis 😉

Shime-daiko (締め太鼓)

Les shime-daiko regroupent l’ensemble des tambours dont les peaux sont attachées au corps du tambour via un système de corde nawa (dans sa version traditionnelle) ou par des boulons (dans sa version moderne). Cela inclut

  • Les shime-daiko souvent appelés shime. Ils sont utilisés communément dans le théâtre classique japonais tel que le Noh, Kabuki, Hayashi…
  • les tsukeshime-daiko (付け締め太鼓)  sont des shime légèrement plus grands.
  • les Okedō-daiko (桶胴太鼓), ou simplement okedo, sont visibles principalement lors des festivals car ils sont facilement transportables via une bandoulière.

Malgré leur différences chaque instrument de cette famille est composée en trois parties démontables: deux peaux et un corps.

Dans le cas des shime à l’instar des Byō-daiko le corps est fabriqué traditionnellement en bois en forme de fût d’un seul tenant. Ils sont par contre beaucoup moins loin que ceux ci. Le keyaki est considéré ici aussi comme le matériel de prédilection pour un shime-daiko de qualité. D’autres espèces comme le cèdre ou les pins sont aussi utilisés. Du fait de son utilisation dans un cadre théâtrale il n’est pas rare de voir un shime-daiko richement décoré.

Dans le cas des Okedō-daiko le corps est constitué non pas d’une seule pièce mais d’un ensemble de lattes en bois attachées ensemble pour former un fût. Oke signifiant baril/tonneau sa technique de fabrication se rapproche de celle d’une barrique ou d’un tonneau. Ils sont souvent plus légers que les Nagadō-daiko à taille similaire.

La singularité de la famille des shime-daiko provient de ces peaux qui sont plus fines que sur un Byō-daiko et qui sont surtout modulables. La peau est généralement du bœuf ou de la vache. Plus rarement un anneau de cuir de cerf est ajouté au centre des peaux. Elles sont alors entourées par des décorations sur le contour. Les peaux sont cousues autour d’un anneau en acier ou en fer formant ainsi une tête de tambour. L’épaisseur de cette tête est disponible en 5 tailles allant de 1 à 5:  namitsuke (1), nichō-gakke (2), sanchō-gakke (3), yonchō-gakke (4), and gochō-gakke. Elle permet de faire varier la tonalité de la peau. Sur chaque tête on peut compter entre huit et dix trous qui vont servir à attacher avec un système de corde ou de boulons les 2 têtes sur les extrémités du corps. Ce système permet de moduler la tension des peaux rendant ainsi possible l’ajustement du ton de l’instrument. L’avantage des boulons sur la corde dans ce cas est sa facilité de réglage. Un tour de clé suffit alors que la corde doit être partiellement ou complètement ajustée pour trouver le ton adéquat.

Tsuzumi (鼓)

Tsuzumi est une classe de tambours en forme de sablier généralement plus petite que les autres types de taiko. On le rencontre souvent dans le théâtre classique japonais. Le corps du tambour est sculpté sur une bobine et l’intérieur du corps est sculpté à la main. Leurs peaux peuvent être faites à partir de peaux de vache, de cheval ou de chevreuil. Alors que les peaux ō-tsuzumi sont fabriquées à partir de peaux de vache, ko-tsuzumi sont fabriquées à partir de cheval. Le ō-tsuzumi est aussi la plus grand version des tsuzumi.

La grosse différence des Tsuzumi sur les autres taiko réside dans son utilisation. C’est le seul taiko traditionnel à être joué à la main au lieu d’utiliser des baguettes. Il est généralement jouer sur l’épaule avec une main frappant la peau et l’autre main ajustant le ton en jouant sur les cordes d’attache des peaux.

Bachi ()

Le joueur de Taiko utilisera des baguettes ou « Bachi »  pour frapper la peau et créer un son. Pour varier les effets ils existent ici aussi différents types de bachi. Suivants leurs longueurs, et le type de bois utilisés le ton sera différent. Le joueur pourra aussi jouer sur la tenue dans la main, l’angle d’attaque sur la peau et la hauteur de frappe pour varier les effets. Suivant la hauteur de frappe le son sera plus ou moins fort par exemple. Le joueur de Taiko possède ainsi une palette de facteurs sur lequel jouer pour trouver le son adéquat pour son morceau.

Pour l’anecdote certains bachi pour les grandes versions de taikos comme les O-daiko, hira-daiko ou okedo-daiko ressemblent à des battes de Baseball et peuvent peser plus d’un kilo.


Les autres instruments

Avec l’évolution du taiko il est de moins en moins rare de voir ces tambours japonais avec des instruments venant d’autres pays. Certaines représentations récentes ont eu lieu avec un orchestre philharmonique complet par exemple. Les artistes ont toujours une forte imagination et on peut compter sur eux pour créer des rencontres incroyables et uniques. Néanmoins par la suite de cet article on se restreindra aux instruments « classiques » japonais. On les rencontre le plus communément dans le théâtre classique japonais ou lors des festivals.

Percussions

Uchiwa-daiko (団扇太鼓)

Bien qu’il possède le nom daiko il ne s’agit pas à proprement parlé d’un tambour mais d’une partie du tambour. Uchiwa signifie éventail en japonais. Un Uchiwa-daiko est en fait une peau d’un daiko que l’on accroche à un manche en bois. Le joueur tient dans une main l’instrument et peut ensuite taper dessus avec l’autre main avec un bacchi. Cet instrument est généralement utilisé dans les temples pour certains rituels bouddhiste. Il n’est pas rare de les voir dans certains groupes. Ils seront alors attachés à un pied comprenant plusieurs tailles pour former un regroupement un peu comme une batterie ou un xylophone. Chaque uchiwa possédant sa propre tonalité il est possible de créer des mélodies en les conjuguant.

Chappa

Petit cymbale à main utilisé pour supporter le rythme des instruments.

Les flûtes

Shinobue (篠笛)

Le shinobue est une flûte traversière japonaise fabriquée en bambou. Elle est utilisée principalement dans le théâtre classique japonais ou lors des festivals.  La flûte est percée de 7 trous. Suivant la taille de la flûte différents tons sont possibles. La tonalité de la flûte est donnée par un chiffre allant de 3 à 12.

Shakuhachi  (尺八)

Il s’agit d’une flûte d’origine chinoise utilisée en musique japonaise. A la différence du shinobue celle ci se joue à la verticale et ne possède que 5 trous. Le nom de l’instrument se réfère à sa longueur mesurée en shaku (尺). Il s’agit d’une ancienne unité de longueur japonaise dont un shaku représente environ 30cm.

Instruments à cordes

Shamisen (三味線,)

Au premier coup d’œil on dirait une guitare un peu exotique mais c’est bien autre chose. Le shamisen est un instrument traditionnel japonais à cordes pincées. Il comporte 3 cordes et on y joue avec un plectre appelé Bachi. Bien que le nom soit identique la forme du plectre est différente de celle utilisée au taiko.


Sources

L’ensemble de cet article n’aurait pu être possible sans l’ensemble des sources indiquées ci dessous.

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